Les politiques «écologiques» visant à limiter la déforestation ou les atteintes à la forêt ont toujours été un tant soit peu ambiguës au Brésil: en même temps qu’il créait des programmes de protection, le gouvernement Sarney laissait se dérouler une ruée vers l’or en Roraima et projetait de réaliser le programme militaire «gouttière nord», dont l’une des mesures principales proposait l’implantation de colons dans toute la partie nord de l’Amazonie brésilienne; le gouvernement Fernando Henrique Cardoso, bien que créateur de très nombreuses Unités de Conservation, redémarra dans le même temps le programme de Réforme agraire, généralement par la distribution de terres publiques et le plus souvent en Amazonie, promouvant par là-même une forte déforestation…
Cette ambiguïté montre bien la
complexité des vues du Brésil sur «son» Amazonie et la question de la déforestation. Car si, d’un côté, l’opinion publique brésilienne est opposée au phénomène et
soutient la lutte d’ONG écologistes locales, d’un autre, elle refuse tout diktat venu de l’étranger sur ce que les Brésiliens devraient faire de l’Amazonie. Au niveau local, les dénonciations des
«entraves mises par l’étranger au développement du Brésil sous prétexte d’écologie», bien que folkloriques, sont encore plus vives et doivent être prises en considération car elles nourrissent un
ensemble de représentations et de comportements politiques qui vont jusqu’au Parlement de l’Union. On en voudra pour preuve la lutte extrêmement violente qui y eut lieu autour de la révision du
«code forestier», lequel impose aux propriétaires de terres en Amazonie de laisser au moins 50% de leur propriété en forêt. La volonté du gouvernement de monter ce chiffre à 80% déclencha un tir
de barrage de la part des grands propriétaires ruraux, de telle manière qu’aujourd’hui encore la question n’est pas tranchée par le pouvoir législatif.
Récemment élu (2002), avec le soutien de la plupart des ONG «vertes», le gouvernement du président Lula ne semble pas pouvoir résoudre
la dichotomie qui marque la position officielle: d’un côté, il fait largement entrer les représentants des mouvements écologistes au ministère de l’Environnement et prône une politique centrée
sur le «développement durable» en Amazonie et, de l’autre, il donne son plein appui à la culture du soja, grande pourvoyeuse de devises dont
le Brésil a besoin.
Depuis les années des gouvernements militaires, il n’existe pas de politique intégrée de l’Amazonie, chaque ministère y développant ses programmes, souvent de manière contradictoire. Dans les faits, c’est à une véritable partition de l’espace amazonien que l’ensemble de ces initiatives est en train de parvenir Au sud et à l’est se trouvent les régions dont l’intégration dans un système économique fondé sur l’agriculture classique n’est plus remise en question. S’y posent uniquement les questions de la gestion de cet espace afin de maximiser sa capacité de production (c’est le sens du débat autour de la «réhabilitation des terres dégradées») et du respect d’une quantité minimale d’aires protégées et de normes sur l’environnement. Au nord et à l’ouest se trouvent les régions de fait les plus protégées et les moins peuplées, dont tout indique qu’elles seront de plus en plus poussées vers des politiques de préservation et de gestion durable, même si les gouvernements locaux ne partagent pas toujours ces vues. Au centre, entre ces deux ensembles, se trouve une sorte de terrain d’expansion pour les deux partis, dans lequel chacun cherche à fixer une limite le plus à son avantage. Cette dynamique globale se reproduit localement, chaque sous-secteur exhibant des régions «productives» et des régions «protégées» et chacune des deux dynamiques s’y exprimant avec une force plus ou moins grande, composant une complexe géographie régionale.
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